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William Sheller est un artiste extrêmement doué, l’un des meilleurs de sa génération, certainement l’un des plus complets. Dès 1975, il a aligné une kyrielle de chansons que dès qu’on les entend, on se surprend à les fredonner : « Rock’n’dollars », « Dans un vieux rock’n’roll », « Le carnet à spirales », « Oh ! J’cours tout seul », « Les filles de l’aurore », « Maman est folle »… On pourrait en citer d’autres, un peu moins connues mais toutes aussi belles. J’ai vraiment une très grande admiration pour ce chanteur, pour son sens de la mélodie, la qualité de ses textes mais également pour son formidable talent de musicien. Je me permettrai de lui consacrer 2 articles successifs : le premier sera autobiographique et le deuxième survolera quelques albums indispensables ainsi que son passage chez nous en février et mars 2005. J’aurai le plaisir de vous commenter son superbe spectacle au Cirque Royal de Bruxelles où il fêtait ses 30 ans de carrière. J’eus le privilège d’aller le voir au mois de février au Palais des Beaux-arts de Charleroi où il donna un concert inoubliable. A cette occasion, il reçut un accueil chaleureux et une « standing ovation » méritée ! Mais comme je vous le disais ci-avant, laissez-moi vous le présenter…
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Le vrai nom de William Sheller est William Hand et il est né à Paris, dans le 17ème arrondissement, le 9 juillet 1946. Il est issu d’un couple franco-américain : son père Jack est un soldat américain qui tombe sous le charme de la France... et d'une certaine Paulette Desboeuf dont il fait la connaissance au terme du deuxième conflit mondial. A 3 ans, William et ses parents émigrent aux Etats-Unis et s’installent à Cleveland, dans l’Ohio. Très jeune, le petit William est traumatisé par le jazz, il en sera même dégoûté, ses parents l’obligeant à les accompagner pour entendre des amis, grands musiciens, en jouer. Les sermons qu’il subit avant chaque représentation ne le quitteront plus à tel point qu’il éprouvera toujours par la suite une rancune vis-à-vis de ce style de musique. En 1953, William revient définitivement en France. Ses grands-parents affineront sa culture : sa grand-mère, ouvreuse au Théâtre des Champs-Elysées et son grand-père, chef décorateur à l’Opéra Garnier, l’emmènent assister à de nombreux spectacles. Il découvre la grande musique, le ballet et l’opéra. A l’âge de 11 ans, il décide d’apprendre assidûment le piano. Mais il est déjà un peu tard pour qu’il devienne un véritable pianiste. Il s’oriente alors vers la composition et c’est Yves Margat, ancien élève de Gabriel Fauré, qui le forme à cet apprentissage. Il lui enseigne également la philosophie, la littérature mais aussi le latin qu’il considère comme primordial pour la composition (d’où le titre de son premier album, « Lux Aeterna », est peut-être originaire…). Le destin de William est désormais tout tracé : il abandonne le milieu scolaire au profit de l’enseignement musical. Yves Margat s’attache d’abord à lui inculquer les rudiments de l’écriture et de l’harmonie. Ils se voient à raison de trois fois par semaine, chaque séance durant deux heures. William part même avec lui en vacances afin de ne pas trop espacer les cours ! A 16 ans, il délaisse définitivement l’école pour apprendre encore plus intensément la musique. Alors que l’amour pour la musique classique semble bien ancré en lui, la découverte des Beatles vient tout bouleverser ! Son piano étant en réparation, William décide d’aller s’entraîner chez une copine qui lui fait entendre le célèbre groupe et d’autres disques de rock. A son retour, il est complètement subjugué par cette musique et veut absolument changer de trajectoire au grand désespoir de son professeur ! Celui-ci ne pourra plus rien pour lui, William partant à l’aventure, en 1966, avec un groupe de rock niçois appelé « Worst » (Les pires !). En 1968, il rencontre un autre groupe « Les Irrésistibles » et leur donne une chanson « My Year Is A Day » qui sera un succès.
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C’est au cours de cette même année qu’il enregistre son premier 45 tours sous le nom de William Sheller (subtil équilibre en Schiller et Shelley) : « Couleurs » et « Les Quatre Saisons » sur des paroles de Gérard Manset (« Il voyage en solitaire »).
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En 1970, il offre une messe à un couple d’amis, ce sera son premier album « Lux Aeterna » qu’il réalise grâce à ses cachets reçus de « My Year Is A Day ». Malheureusement, ce premier essai ne sera pas un coup de maître : seulement 2000 exemplaires trouveront acquéreurs…
Cependant, une grande dame de la Chanson Française est séduite par cet album : c’est Barbara qui lui propose de s’installer carrément chez elle afin de réaliser les arrangements de son 33 tours « La Louve ». C’est elle aussi qui le convainc à continuer à chanter (il avait songé à abandonner l’interprétation après son échec commercial de son premier album).
Du coup, toujours sous la bienveillante assistance de la Dame en noir, il enregistre « Rock’n’dollars » accompagné par les musiciens du groupe rock « Alice ».
C’est le déclic, le voilà propulsé aux premières places du hit parade, malgré le texte moqueur décriant ce système de classement, et invité sur les plateaux des différentes émissions de variétés de l’époque, de Danièle Gilbert à Guy Lux en passant par Maritie et Gilbert Carpentier… Fort de ce raz-de-marée, il enchaîne avec l’enregistrement de 2 autres albums : « Dans un vieux rock’n’roll » en 1976 et « Symphoman » en 1977.
La même année, il crée un concerto pour violon « Le Violon aire Français » pour sa grande amie Catherine Lara. Désormais, il fait partie, avec Francis Cabrel, Michel Jonasz, Laurent Voulzy et Alain Souchon, de la nouvelle génération de la Chanson Française. Il renvoie l’ascenseur à Barbara en écrivant pour elle et d’autres artistes font appel à ses talents de compositeur : Dalida, Nicoletta, Philippe Chatel et… Joe Dassin pour lequel il crée « Le Lord Anglais ». Pourtant, en 1979, il entreprend de « souffler » quelque peu en s’expatriant aux Etats-Unis, le temps de concocter un nouvel opus : « Nicolas ».
Il signe son grand retour un an plus tard en effectuant sa première grande tournée en province. Il fait une incursion dans le cinéma en composant la musique du film de Jean-Marie Poiré : « Retour en Force ». Le 20 octobre 1980, il retrouve Catherine Lara pour célébrer le 20ème anniversaire d’Amnesty International. 1981 est riche en événements : TF1 le contacte pour un nouveau générique du 20 heures, il enregistre un nouveau disque « J’suis pas bien » et foule, pour la toute première fois, les planches d’une scène parisienne : Bobino avant de s’attaquer à l’Olympia un an plus tard, du 27 avril au 2 mai. C’est l’occasion pour lui de sortir son premier « Live ». En 1984, la Belgique l’attire et il doit se produire seul au piano à Bruxelles suite à un problème de douane ! Il fait la connaissance du Quatuor à cordes « Halvenalf » et entreprend avec eux une série de concerts en Belgique et en France, notamment pour un nouvel Olympia. A nouveau, il sort un second « Live » intitulé tout naturellement « Olympia 84 ». En 1987, c’est « Univers » qui voit le jour avec un étrange cocktail de musique savante et de chanson populaire. Le public est envoûté, la critique l’encense et il est gratifié d’un Disque d’Or. Il renouvelle l’expérience deux ans plus tard avec « Ailleurs » en mélangeant de la musique symphonique avec une pièce issue de la musique impériale japonaise ! Du 2 au 6 mai 1989, il se produit au Palais des Congrès de Paris, avec, pour la toute première fois, son fils Siegfried, guitariste, dans un « Concerto pour Violoncelle et orchestre » accompagné de 70 musiciens sous la direction de Louis Langrée et, le 3 décembre, il fait un tabac à l’Olympia en créant sa plus belle chanson : « Un homme heureux » pour laquelle il reçoit l’Oscar de la Chanson Française.
Le monde du spectacle le sollicite de tous les côtés et il est chargé de la mise en scène de la comédie musicale « Quasimodo » avec Nicoletta en hommage à Victor Hugo (un prélude à la future « Notre-Dame de Paris » !). Un nouveau Disque d’Or lui est attribué pour « Sheller en solitaire » en 1991, un album piano-voix qui fait gentiment la nique à la musique électronique à la mode cette année-là. En 1992, il truste les récompenses aux « Victoires de la Musique » en remportant les trophées pour la Meilleure Chanson de l’Année (« Un homme heureux ») et le Meilleur Album de l’Année (« Sheller en solitaire »). Il se produit en 1993 avec l’Orchestre National de Lille et la même année, la vente de son album « Sheller en solitaire » atteint les 500.000 exemplaires ! Il joue également à la Salle Pleyel un « Concerto pour Trompette » avec le soliste Thierry Caens et le prestigieux Orchestre des Concerts Lamoureux.
En avril 1993, un très beau coffret en 3 CD paraît : « Carnet de notes » avec des enregistrements studio et en public. 1994 est l’année du changement avec la sortie d’ « Albion », un album résolument « hard-rock » peaufiné en Angleterre dans lequel on retrouve une version complètement remaniée d’« Excalibur ». S’ensuit une nouvelle tournée en France qui ne le verra pas promouvoir les titres de son récent album (à part « La Navale ») mais aboutira à la parution d’un nouveau disque « Live » (« Olympiades 95 ») avec, toutefois, un inédit « Une dépression d’hiver » composé durant les sessions de l’album « Albion ». En 1997, il écrit une nouvelle musique pour le film « Arlette » de Claude Zidi. Une nouvelle compilation « Tu devrais chanter » (un petit clin d’œil au coup de pouce de Barbara) et un nouveau spectacle à la Salle Pleyel comblent l’absence d’un nouvel album en 1998. Les fans de William doivent attendre le 18 janvier 2000 pour découvrir son nouveau CD « Les Machines Absurdes » où il utilise des procédés électroniques complétés par de vraies cordes sur des textes surréalistes. Le 11 novembre 2000 restera à jamais gravé dans la mémoire de William Sheller : il est entouré de son père Jack et de son fils Siegfried pour un concert de 4 heures (!) au Théâtre des Champs-Elysées. En avril 2003, il retourne à la musique classique et écrit un ensemble de pièces pour le Quatuor à cordes Parisii.
En juin 2004, c’est le Festival de Musique Classique de Sully-sur-Loire qui lui demande de composer une symphonie : elle sera interprétée par l’Orchestre Ostinato sous la baguette de Jean-Luc Tingaud.
Au cours de la même année, l’artiste renoue le piano-voix en enregistrant chez lui « Epures », un album intimiste composé de mélodies très dépouillées. Au début de l’année 2005, il entreprend de fêter ses 30 ans de carrière avec une tournée qu’il commence en Belgique, à Charleroi, Liège et Bruxelles. C’est dans la capitale belge, au Cirque Royal qu’est filmé son concert qui fera l’objet de son tout premier DVD « Live » (« Parade au Cirque Royal »). En décembre 2005, il repart pour une deuxième tournée en compagnie du Quatuor Stevens et mettra à profit cette collaboration par la sortie d’un nouvel album en public le 1er octobre 2007 qui comprend l’enregistrement de chansons issues de deux concerts donnés à Lannion.
En 2008, William sort « Avatar », son douzième album studio pour lequel il collabore avec Yvan Cassar à la direction d’orchestre… Le chanteur ne manque pas de le remercier avec ces quelques mots inscrits sur la pochette intérieure : « Merci à Yvan Cassar de s’être proposé pour diriger et ce, pour la première fois de sa vie, une musique qu’il n’a pas écrite lui-même. On ne pouvait souhaiter meilleure expérience au résultat. C’est une belle rencontre. »
L’album est salué par la critique, autant pour l’illustration de sa pochette – William Sheller apparaît en nœud papillon affublé d’une barbiche à poils longs et d’une truffe noire de chien à la place du nez – que de son contenu d’une pop soignée qui rappelle celui de son album « Albion » paru en 1994.
Dans le courant de l’année 2012, William entreprend une nouvelle tournée avec un quatuor à cordes qui se terminera en 2014. Celle-ci s’étant avérée éreintante, le chanteur tombe en dépression et son état de santé s’aggrave à tel point qu’il doit se faire hospitaliser. Le bilan est sans appel : il souffre d’arythmie cardiaque et développe un œdème pulmonaire ! Néanmoins, il sort un nouveau single « Youpylong » en septembre 2015 qui, en octobre, sera suivi d’un album intitulé « Stylus » dont, finalement, il n’en tirera aucune satisfaction personnelle.
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En février 2016, il est honoré par les Victoires de la Musique pour l’ensemble de sa carrière. L’hommage rendu par Louane (« Dans un vieux rock’n’roll »), Jeanne Cherhal (« Fier et fou de vous ») et Véronique Sanson (qui s’emmêle les pinceaux sur « Oh j’cours tout seul ») l’émeut considérablement qu’il en reste tout le long les moins jointes devant son visage. Dès la fin de leur prestation et devant un public en délire, il rejoindra les trois chanteuses pour les prendre dans ses bras. Et puis, était-ce prévu ou pas, celles-ci l’invitent à s’asseoir au piano pour interpréter – certainement l’une de ses plus belles chansons si pas la plus belle – « Un homme heureux » avec, encore, beaucoup d’émotion dans la voix.
En 2018, William Sheller apparaît dans le volume 2 de « La même tribu » d’Eddy Mitchell avec qui il interprète « Tu peux préparer le café noir ».
Au moment de la parution de son autobiographie « William » en 2021, il annonce mettre un terme à sa carrière musicale mais n’arrête pas pour autant quelques collaborations pour des amis de longue date comme Nicoletta pour qui il signe des arrangements, la même année, dans le cadre de son album « Amours & piano » et Eddy Mitchell pour qui il compose « L’aventure n’est jamais loin », extrait de son 40ème album « Amigos » paru en 2024.
Pour son 80ème anniversaire célébré ce 9 juillet dernier, William Sheller comptait sortir fin d’année un EP inédit gravé sur vinyle avec six nouvelles chansons inédites pour ultime cadeau d’adieu à ses fans. Sa maison de disques Universal lui réclamant 12 titres et lui refusant de faire du remplissage, elles ne seront finalement pas publiées. Le chanteur promet pourtant qu’elles verront le jour sous une forme ou une autre…
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Le lien avec Claude François !
Lors de l’émission « Musique and Music » de Jacques Martin du 3 juillet 1977, sur Antenne 2, pour laquelle il était l’invité vedette, Claude François présente William Sheller qui interprète « Symphoman ». Cloclo ne manque pas de vanter les talents de William en qui il reconnaît un auteur-compositeur et un musicien hors pairs. La rencontre fut certes brève mais la poignée de mains fut franche et sincère entre les deux artistes. Claude François savait apprécier la nouvelle et jeune génération montante de la Chanson Française et c’était tout à son honneur. C’était également une réflexion intelligente et une attitude digne qu’un patron de magazine tel que « PODIUM » devait avoir et pouvoir montrer. La bonne renommée de la revue et de son géniteur en dépendait essentiellement…
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